L’exercice physique peut déclencher vos migraines. Le sport parvient aussi à réduire vos douleurs ! Nos experts vous expliquent comment gérer ce délicat compromis.

Par le docteur Stéphane CASCUA, avec la précieuse collaboration des docteurs Carole SERINI et Jean­François CHERMANN, neurologues hôpital léopold­-bellan de Paris

 

La migraine touche 12 % de la population. Les femmes en sont 3 fois plus souvent victimes. Après 45 ans, un quart d’entre elles en souffrent régulièrement. Attention, tous les maux de tête ne sont pas des migraines. Une définition précise permet de les reconnaître et de proposer un traitement spécifique.

Une migraine, c’est quoi exactement ?

Il s’agit d’une douleur touchant volontiers un côté plus qu’un autre du crâne. Cette douleur est « pulsatile‑», comme si l’on sentait son pouls battre dans sa tête. Son intensité est variable. Modérée, elle permet la poursuite de votre vie quotidienne. Sévère, elle vous cloue au lit dans le noir et vous empêche de travailler. Les crises durent 4 à 72 heures. La douleur s’associe souvent à d’autres symptômes. Vous ressentez des nausées, parfois vous vomissez. Vous ne tolérez plus ni la lumière, ni le bruit : c’est la « photophobie » et la « phonophobie ». Dans 10 % des cas, la crise est précédée de signes bizarres, on parle alors de «‑migraine accompagnée ». La plus fréquente de ces migraines originales est dite « ophtalmique » ou avec «‑aura visuelle ». Elle se traduit par une impression de perte du champ visuel d’un côté, avec parfois un point noir ou scintillant au centre de la vision, le scotome. Une forme plus rare qui touche surtout les enfants est la migraine avec syndrome d’Alice au pays des merveilles. Vous avez l’impression que vos doigts ou que votre crâne s’allongent… comme Alice au pays des merveilles. En effet, Lewis CARROLL, l’auteur de ce conte fantastique, s’inspira de son expérience de migraineux ! Surtout, vos migraines sont déclenchées ou aggravées par l’effort… C’est là que la gestion subtile de votre activité physique se révèle essentielle… car le sport peut aussi vous soulager !

Le sport vous soulage : c’est démontré !

Ainsi, 4 études montrent l’intérêt de l’exercice contre les migraines. L’une d’entre elles est récente et très significative. Elle regroupe 16‑migraineux. Huit restent sédentaires. Les 8 autres effectuent, 3 fois par semaine, un entraînement d’endurance. Il s’agit le plus souvent à base de marche active ou de footing. Chaque séance dure 50 minutes : 10 minutes d’échauffement croissant, 30 minutes à intensité moyenne, à la limite de l’essoufflement, 10‑minutes de retour au calme. Après 10 semaines de pratique assidue, 62‑% des patients devenus sportifs ont vu leurs symptômes régresser. La fréquence des crises a été divisée par deux ; elles étaient aussi moins longues et moins intenses. Les résultats étaient plus favorables chez ceux qui étaient sportifs peu de temps auparavant.

Des pistes pour comprendre

Comment l’activité physique parvient-elle à réduire les symptômes migraineux ? Pour certains chercheurs, on peut considérer la migraine comme une hyperexcitation cérébrale compensant un déficit d’information. Les sensations habituelles sont transformées et deviennent douloureuses. On parle d’« allodynie ». Ce phénomène semble prédominer sur le nerf trijumeau qui donne la sensibilité à la face. Le sport restaure le langage du corps, il relance une multitude de messages venus de l’organisme en action. Ce processus peut même se majorer. Lorsque l’entraînement s’intensifie, les muscles et autres organes manifestent leur souffrance. Le sportif s’y habitue et progresse. Son curseur de la douleur se décale. Ce qui autrefois faisait mal devient juste une sensation !

Entre aggravation et soulagement : comment faire ?

Les migraineux le savent bien, leur cerveau ne supporte pas le manque de régularité. Pour déclencher leurs maux de tête, rien ne vaut une nuit trop courte, un repas sauté ou trop copieux, un stress imprévu… ou un effort inhabituel ! C’est ainsi que l’exercice assidu entraîne votre corps. Une activité ponctuelle devient moins sollicitante… ce n’est plus vraiment un effort ! Votre système nerveux s’accoutume à gérer des variations dans votre activité. En pratique, votre programme sportif contre la migraine reprend, avec encore plus d’acuité, les règles d’or d’une bonne pratique. Progressivité pour réduire l’effet « rupture avec les habitudes ». Régularité « pour que le sport devienne une habitude ». Modération « pour que vos séances ne constituent pas un stress majeur ».

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ET SI CE N’ÉTAIT PAS UNE MIGRAINE…

Tous les maux de tête à l’effort ne sont pas des migraines ! Soyez vigilant. Des douleurs inhabituelles, brutales, violentes, doivent faire redouter la déchirure d’un petit vaisseau intracrânien localement distendu. Surtout s’il existe aussi des troubles de la conscience avec somnolence. On parle de « rupture d’anévrysme ». Devant ce type de symptômes, il faut immédiatement cesser l’exercice et composer le « 15 ». Il faut atteindre 25 ou 30 de tension artérielle pour avoir mal à la tête. C’est exceptionnel au repos. C’est plus fréquent à l’effort si vous présentez une hypertension… trop souvent méconnue ! Pour confirmer ce diagnostic, une épreuve d’effort est indiquée. En milieu hospitalier ou en clinique, vous pédalez progressivement jusqu’au maximum de vos possibilités et votre cardiologue mesure votre tension artérielle à chaque palier d’intensité. Attention, ces 2 premiers symptômes se succèdent parfois car l’hypertension artérielle favorise les ruptures d’anévrysme. Certains maux de tête surviennent à l’occasion d’efforts très prolongés sous la chaleur. Au cours de ces épreuves de plus de 3 heures, vous avez pris soin de vous hydrater abondamment… mais vous avez négligé votre apport en minéraux. Votre sang est dilué, il manque de sel. L’eau est attirée dans les cellules, notamment dans les neurones. La pression intracrânienne augmente, vous avez mal à la tête et vous avez des nausées ! On parle d’hyperhydratation intracellulaire. Rechargez rapidement en sodium : comprimés de sel, boissons richement minéralisées type St-Yorre, jus de tomates salés ou potages, dés de fromage ou de jambon. Parlez-en aux secouristes présents sur le parcours, la situation peut rapidement s’aggraver. Dans les jours ou les semaines qui suivent un choc sur le crâne, vous présentez parfois des maux de tête à l’entraînement. Il s’agit d’une séquelle habituelle des commotions cérébrales. Il faut impérativement renoncer à votre sport tant que vous avez des douleurs au repos. Lorsque tous les signes auront disparu, tenter de reprendre très progressivement. Aucun des paliers ne doit faire réapparaître votre mal de tête. En cas de commotion cérébrale, il est indispensable de prendre l’avis d’un neurologue. Les maux de tête provenant du cou ou «­céphalées cervicales » sont rares. Elles correspondent au coincement ou à l’irritation des nerfs sortant tout en haut de la colonne vertébrale. Ces derniers donnent la sensibilité de la partie postérieure du crâne. Voilà qui explique vos douleurs en arrière du crâne. Elles surviennent surtout à vélo du fait de l’extension prolongée de votre cou, à moins que ce ne soit lors de votre footing quand vous dodelinez de la tête. Bon nombre de maux de tête survenant pendant le sport ne trouvent pas d’explications claires. Ils semblent favorisés par le stress, la fatigue, le surentraînement et surtout par la déshydratation. Consultez ! Seul 10 % des sujets victimes de maux de tête voient un médecin ! Dommage, il existe des solutions ! Le plus souvent, ils prennent rendez-vous avec leur généraliste. Parfois ils sollicitent un ophtalmologiste quand il existe une gêne visuelle associée, à moins qu’ils n’aient recours à un gastro-entérologue en cas de nausées. Compte tenu des causes complexes et variées des maux de tête, consultez un neurologue, c’est l’expert sur le sujet !

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